ERRARE HUMANUM EST PERSEVERARE DIABOLICUM
 
Donald Trump a tout d’abord ouvert une guerre commerciale contre le Canada et le Mexique, avant de se rétracter. Puis, dans un second temps, il s’est attaqué à la Chine, l’Europe, la Corée du Nord, le Japon, l’Australie, le Vietnam…. En bafouant les règles de l’Organisation du commerce (OMC), il a engagé une guerre mondiale. Son administration est même allée jusqu’à différencier les droits de douane à l’intérieur d’un pays, comme pour la France avec des montants différenciés pour certains territoires ultra-marins. Parmi les rares pays épargnés, la Russie ! Cela dénote, s’il en était encore besoin, l’alliance stratégique qu’il aurait conclue, ou cru conclure, avec Poutine.
 
Mais, moins de 72h après le déclenchement de ce tsunami économique de par l’ensemble du monde, il a fait machine arrière en :
  • Décrétant un moratoire de 3 mois pour tous les pays à l’exception de la Chine
  • Excluant les ordinateurs et les smartphones
Plusieurs raisons ont été évoquées pour justifier ce recul :
  • Les chutes des Bourses ; au-delà de l’impact sur l’économie, elles ont entrainé des baisses de valorisation touchant de nombreux soutiens de Trump. Certains n’hésitent à entrevoir derrière cette mise entre parenthèses une manipulation des cours, voire un délit d’initié
  • L’augmentation des taux d’intérêt de la dette américaine surenchérissant son coût
  • La réaction de l’Empire du milieu
  • Les alertes de nombreux industriels américains sur l’imbrication des pays dans les chaines de valeur des multinationales que les droits de douane vont perturber.
Néanmoins, Donald Trump a raison de vouloir combattre :
  • Les déficits jumeaux américains, le déficit du budget fédéral frère du déficit de la balance commerciale. Rappelons-nous que dès 1960, le général de Gaulle, sur la base de l’analyse et des recommandations d’Armand Rueff, critiquait ces déficits et l’absence de discipline des Américains dans la gestion de leurs comptes.
Cela fait plus de 65 ans que l’Oncle Sam vit à crédit, au-dessus de ses moyens. Il était temps qu’il essaye de corriger cette situation qui a produit une dette publique de 36 000 Mds$
  • Les dumpings chinois, social, environnemental met surtout monétaire.
Depuis plus de deux siècles, Adam Smith, le père de l’économie politique, tous les économistes qui l’ont suivi s’accordent considèrent que l’échange international est profitable aux deux parties sous réserve que certaines règles soient respectées dont le retour à l’équilibre extérieur par la modification des prix relatifs et des taux de change.
Un pays en déficit structurel doit déprécier sa monnaie pour que la modification des prix relatifs lui permette de retrouver de la compétitivité et l’équilibre de sa balance commerciale. En sens inverse, un pays en excédent structurel doit apprécier sa monnaie pour écorner sa compétitivité et permettre le retour à l’équilibre.
À défaut l’échange n’est pas équitable, et les nations ne peuvent l’accepter, sous peine de se mettre dans une situation de dépendance.
Mais, depuis près d’un demi-siècle, l’Empire du Milieu ne respecte pas cette règle ! Il ne cesse d’accumuler des excédents commerciaux pendant que ses partenaires cultivent des déficits. Pour rester l’usine du monde, Pékin continue de manipuler sa monnaie en la dépréciant, au lieu de la réévaluer, attirant des activités qui ont délaissé des villes, des régions américaines, européennes, françaises...
  • La désindustrialisation des États-Unis et d’éviter que l’industrie ne se limite au complexe militaro-industriel et à la high-tech.
Mais, Donald Trump ne sait pas ou a occulté que l’Europe est confrontée au même problème. Au risque de radoter, tous ces effets auraient pu être limités, voire évités si nous avions respectés les règles du commerce international à savoir que tout déséquilibre commercial doit être corrigé par une modification des changes. À défaut de modifier les prix relatifs par un changement de parité, il appartient au droit de douane de l’obtenir ! Comme souvent avec Trump, c’est la méthode qui pose problème !
 
Donald Trump n’aurait pas dû se lancer dans cette guerre mondiale tout seul, avec pour seuls alliés la Russie, la Corée du Nord, le Vénézuéla… ! Il aurait dû croiser le fer contre la Chine avec l’Europe. Il aurait dû suivre Elon Musk en proposant à Bruxelles de constituer une zone de libre échange de part et d’autre de l’Atlantique et de saisir l’OMC contre Pékin. Il aurait dû proposer à l’Europe d’engager ensemble une négociation avec la Chine, et, à défaut d’accord, de mettre ensemble les mêmes droits de douane vis-à-vis de Pékin.
 
Donald Trump aurait été bien inspiré si, en plus de l’Europe, il avait mobilisé l’Australie, le Canada, la Corée du Sud, le Japon, la Nouvelle Zélande, le Royaume Uni… il aurait constitué une alliance libre échangiste pour faire respecter les règles ! En articulant une telle problématique, Donald Trump aurait justifié et argumenté son objectif et aurait évité de laisser Pékin se réfugier injustement derrière les règles de l’OMC. Que Pékin soit le bon élève de la classe est un comble !
 
Malheureusement, Donald Trump n’a pas fait une telle ouverture à L’Europe. Comment expliquer la détestation de Trump à l’égard de l’Europe ? Il est difficile de répondre à cette question. Comment peut-il déclarer, et le répéter à l’envie, « l’Europe a été créée pour « entuber » les États-Unis ». Au-delà de la vulgarité du langage totalement inapproprié pour le président de la 1ère puissance au Monde, comment peut-il justifier une telle contre vérité ?
Il y a certes le sujet du partage du coût de la défense, et il est exact que le parapluie américain a permis aux pays européens de limiter les dépenses militaires et de consacrer le maximum de ressources au développement économique. Mais, l’Oncle Sam a favorisé une telle réaction européenne en ne partageant pas les responsabilités au sein de l’OTAN et en profitant de l’achat des matériels américains par les États-membres.
Donald Trump devrait tenir compte des évolutions européennes en réaction au lâchage de l’Ukraine par l’hôte de la Maison blanche. En effet, tous les pays européens répondent au vœu de Donald Trump en augmentant leurs dépenses militaires, ce qui devrait le conduire à proposer un renouvellement de l’Alliance atlantique.
Tant sur le sujet de l’échange commercial que sur celui de la défense du continent européen, tant Donald Trump que les Européens seraient bien avisés de ne pas laisser ce momentum pour refonder cette Alliance.
 
Il n’est pas sûr que les Européens auraient suivi tant ils ont peur de perdre des marchés. Agissant comme « les bourgeois de Calais » prêts à tout accepter pour préserver leurs ville et commerces, les Européens auraient probablement évité de s’engager dans une telle croisade. Pour préserver leurs marchés chinois, les Européens sont prêts à tout accepter, comme « le capitaliste est prêt à vendre la corde avec laquelle on va le prendre » aux dires de Lénine.
Aussi étonnant que cela puisse paraître, certains responsables européens vont plus loin et n’hésitent pas à préconiser un rapprochement avec la Chine pour faire face à la guerre déclenchée par Trump, occultant tous les méfaits des pratiques chinoises.
 
Mais, les Européens devraient, avec les Américains, engager la discussion avec les Chinois pour les inviter à bouger et à respecter les règles d’un commerce équitable entre les Nations.
Comme sur le sujet de la défense du continent, l’Europe doit être à l’initiative sur l’échange international. À défaut, l’Europe pourrait subir la double peine :
  •  Une nouvelle sous-évaluation du yuan, réaction probable de Pékin face à Washington en plus d’un alignement des droits de douane sur ceux américains
  • Une tentative chinoise de compenser le marché américain avec celui européen. Il est vraisemblable que les producteurs chinois vont déployer des efforts pour vendre en Europe ce qu’ils auront de plus en plus de difficultés à écouler en Europe.
Si l’Europe veut écrire son histoire et ne pas la subir, l’heure de l’action a sonné !
 
Dov ZERAH
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