PAROLE SPIRITUELLE
LA PEUR MANGER* L’ÂME
IL FAUDRAIT QU’UN MIRACLE SE PRODUISE UN JOUR
La Rentrée est, en grande partie, derrière nous, l’ignoble chaleur appartient presque au passé. Nous nous trouvons dans une période de transition. On entend déjà des phrases comme « Il faudrait quand même mettre un pull léger » ou encore. « au lieu du soleil matinal, un ciel couvert de nuages ». Fini l’ambiance des vacances ; août est toujours un vrai mois d’été, septembre est devenu un mois de transition –transition vers quelque chose d’autre.
Cette période de vacances a été ponctuée de moments de joie authentique, d’une certaine insouciance ; on était plus généreux que d’habitude et on ne faisait pas trop attention à son porte-monnaie – bref, on pouvait aussi se laisser aller de temps en temps. Et maintenant les prairies et les montagnes disparaissent derrière des nappes de brouillard ; il en va de même pour notre humeur. Mélancolie, abattement, soucis refoulés se manifestent de nouveau, des décisions à prendre deviennent incontournables. Réapparaissent également toutes ces peurs du lendemain, en commençant par la hausse des prix en passant par des problèmes familiaux ou professionnels jusqu’aux dérapages sociétaux, au populisme, aux guerres, aux problèmes économiques et aux événements politiques qui ne peuvent que susciter l’incompréhension. S’il est normal que les anciennes peurs refassent surface, c'est tout de même difficile à supporter.
Comme beaucoup de choses dans notre vie, la peur a, elle aussi, deux côtés. Aristote et Socrate la considéraient comme un élément important de la vie car elle offrait une protection. Socrate voyait en elle un chemin vers la connaissance de soi, les stoïciens enseignaient la sérénité face aux angoisses existentielles. La peur peut, bien entendu, empêcher d'agir de manière irréfléchie, éviter des dangers, protéger contre l’orgueil démesuré. Mais elle peut aussi avoir des conséquences dévastatrices, comme le montre Fassbinder dans son film « Angst essen Seele auf » (La Peur manger l’âme). Comme il est difficile pour les gens de gérer leur peur ! La connectivité numérique et un flot d'informations ingérable, les media sociaux et la pression pour performer déclenchent également des crises d’angoisse. C’est parce que nous vivons à une époque où la peur du changement, du rejet et de ce qui est étranger est très grande. Si nous n'affrontons pas consciemment la peur, alors ce que Fassbinder veut dire dans son film est vrai — la peur mange notre âme.
La peur est également un grand sujet dans la Bible. Ainsi est-il écrit dans 2 Timothée 1:7 : « … ce n'est pas un esprit de crainte que Dieu nous a donné, … »
Le terme « crainte, peur » désigne également l'anxiété ou encore la lâcheté. L’auteur de cette lettre nous fait clairement comprendre que ce sentiment de peur ne vient pas de Dieu, que cette lâcheté n'est pas la voix de Dieu. Donc nous ne devons pas écouter cette voix. Alors, à quoi devons-nous prêter attention ? L’auteur y répond : « à un esprit de force, d'amour et de sagesse. » – une réponse tout à fait classique et trinitaire ; ces trois caractéristiques sont étroitement liés.
L’esprit de la force réside dans la parole de Dieu ancrée dans la Bible ; elle peut guérir les malades et ressusciter les morts. Nous pouvons nous laisser guider de cette force de la parole de Dieu et lui faire confiance. Si vous nous laissons guider d’elle, la voix de l’anxiété s’affaiblit, devient insignifiante. Cette parole de Dieu nous invite également à la confiance et à l'espoir, à la foi dans les desseins de Dieu et à ne jamais oublier que Jésus a accompli des miracles et qu’il y a encore des miracles de nos jours – même dans notre paroisse.
Avec sa chanson « Ich weiß, es wird einmal ein Wunder gescheh’n » (Je sais qu’un miracle se produira un jour) de 1942, Zarah Leander a eu un succès giganteque. Sa chanson fut reprise par de nombreuses personnes. Ainsi Nena avec sa chanson « Wunder geschehen » (Des miracles se produisent) de 1989, devenue l’hymne de l’espoir et du changement, au moment de la chute du mur, a-t-elle pu donner du courage à elle-même et à beaucoup d’autres. Quelques années plus tard, elle chantera « Cette vie continue tout simplement ». – Il faut qu’on croie encore et toujours au miracle positif.
Ce qui vaut pour l'esprit de force vaut également, d'une certaine manière, pour l'esprit d'amour. L’amour de Dieu nous donne du réconfort, de la protection indépendamment de notre être, de notre comportement. Il est inconditionnel et est censé être un encouragement à un comportement similaire envers notre prochain, nous donner le courage d’aller à l’encontre de l’autre. Cet amour doit aussi encourager à ne pas reculer face à des risques, même en courant le risque qu’on se moque de nous. Le vrai amour ne connait pas de limites.
Troisièmement, nous devons prêter attention à l’esprit de la sagesse. Luther avait d’abord traduit ; « Gott hat uns den Geist der Zucht gegeben. » (Dieu nous a donné l’esprit de discipline.) – Zucht, discipline. Aujourd'hui, les termes les plus appropriés seraient « autodiscipline » et « maîtrise de soi ». Pour l’exprimer de façon simple, je dirais que l’on doit faire usage de son bon sens et adopter une attitude critique vis-à-vis des choses. Ici aussi, l’Évangile entre en jeux. La question se pose si mon comportement est marqué par cette force ou, bien au contraire, par ma peur. Si je peux donner une réponse positive à la question « Jésus se serait-il comporté comme je le fais en ce moment ? », alors je peux parler de sérénité. Ne réagissons donc pas impulsivement, réfléchissons et ne nous laissons pas berner. Luther nous donne un bon conseil concernant la sérénité : « Ne crois pas tout ce que tu entends ; ne dis pas tout ce que tu sais ; ne fais pas tout ce que tu veux. »
Après la période de transition actuelle, l’automne viendra et puis l’hiver ; ce qui se passera alors dépendra en partie aussi de nous. Se résigner, dire « de toute façon, je n’y peux rien » n’est pas la bonne attitude; il faut se lever, agir et faire confiance à l’esprit de la force. Il y aura sans doute des changements inévitables. Il y aura du neuf. Les changements sont parfois nécessaires et ont aussi leur charme. Nous devons renoncer à des habitudes qui nous sont chères, alors que nous devrions justement savoir, en tant que protestants, que nous n'avons pas de demeure permanente, continuellement en route et à la recherche de quelque chose de nouveau et que nous devons nous y habituer.
Je vous souhaite de bien traverser cette période de transition et de profiter de l'automne et de l'hiver en toute sérénité et avec confiance. Dans cet esprit, je vous souhaite une Rentrée 2026 bénie,
Christian Ritter
* D’un point de vue linguistique, on devrait dire « isst » (mange) — mais Fassbinder a conservé l’infinitif du langage des « Gastarbeiter » (travailleurs invités).
VERSET DU MOIS DE SEPTEMBRE 2026