N - O - U - V - E - A - U
Ô combien de fois nous sommes-nous souhaité une nouvelle année bénie, ces derniers jours, avec les adjectifs les plus divers, comme « heureuse », « en bonne santé », « pleine de succès » ou encore « paisible ». L’ancien est révolu et le nouveau a commencé.
Dans ce contexte, je me pose la question du sens de ces sept* lettres, N-O-U-V-E-A-U ; qu’est-ce que cela signifie, ce « nouveau » ? Dès que j’ai prononcé ce mot, il est déjà vieux. Quand j’achète une voiture neuve, pendant combien de temps est-elle considérée comme neuve ? Pendant les premiers 10 km ou pendant 9 999 km ? Du grec moderne (en allemand : Neugriechisch), qu’est-ce que « moderne », neu, signifie dans ce contexte ?
* En allemand, seulement trois…
On dit souvent qu’un nouvel amour, c’est comme une nouvelle vie. N’est-ce pas quelque chose de merveilleux ou est-ce que cela ne fait pas un peu trop ? Tout doit-il vraiment changer dans la vie ? Ce qui reste constant, c’est le message que le nouveau est inégalable. Aucun domaine de la vie n’est laissé de côté.
Au Nouvel An en particulier viennent les bonnes intentions, ces souhaits de renouvellement, de changement, d’amélioration : ne boire plus que rarement de l’alcool, perdre du poids, ne plus fumer, pas de smartphone à table, ne pas traverser le carrefour au feu rouge. Ces résolutions ne durent souvent pas longtemps, mais l’appel à la nouveauté est sincère et aussi justifié.
Prendre son temps, ne pas répondre tout de suite à tous les courriels est considéré comme vieux jeu ; on est out si on ne sait ou ne veut pas faire ses courses sur Internet. Les temps de livraison doivent être courts, de préférence encore le jour de la commande. Le « speed reading », la lecture rapide, est une nouveauté, de même que le « speed watching » ou encore le « speed listening », particulièrement apprécié des jeunes. Il s’agit de regarder un film à une vitesse au moins double ou encore d’écouter un texte, une chanson ou une conférence à une vitesse accélérée. De ce point de vue, il y a une course à la nouveauté.
Cependant, j’aimerais relativiser un peu cette affirmation. L’appel au nouveau n’est-il pas souvent le désir de nouveauté dans l’ancien – dans ce que nous connaissons, qui nous est familier ? Alors la question se pose si ce qui est vieux, qui a fait ses preuves a fait son temps uniquement parce qu’il n’est plus considéré comme moderne, ne trouve pas sa place dans les médias sociaux. Est-ce que réellement tout doit être refait à neuf? Ne serait-il pas préférable de dire : regarde, je refais certaines choses ?
La soif de nouveautés peut faire de nous des êtres agités. De l’autre côté, lorsqu’on regarde le soleil se lever, le sentiment surgit : enfin une nouvelle journée – là, tout est encore ouvert, beaucoup de choses sont possibles, il n’y a pas encore de limites à la créativité. Enfin une nouvelle année, une lueur d’espoir que tout puisse devenir meilleur, de nouveaux plans peuvent être forgés. Et c’est ici que le verset de cette année, Apocalypse 21:5, trouve sa place : « Voici, je fais toutes choses nouvelles. » Ici, Dieu nous console avec l’espoir d’un nouveau ciel et d’une nouvelle terre.
Mais est-ce que cela peut vraiment nous consoler en cette période de bouleversements, de guerre et d’incertitudes ? La question « Où est Dieu, pourquoi n’intervient-il pas, pourquoi, pourquoi… » n’est-elle pas justifiée ? J’ai du mal à répondre à cette question. D’un autre côté : est-ce que la question du pourquoi est vraiment si importante, nous aide-t-elle à avancer ? N’est-il pas plus utile pour nous de trouver de la consolation et du réconfort ? Ne disposons-nous pas du réconfort de l’amour de Dieu, amour qui peut prendre bien des formes différentes ? Nous devons nous résigner à accepter qu’il ne soit pas nécessairement là où nous le cherchons.
Qu’est-ce qui nous incite à faire confiance à cet engagement divin ? C’est le fait que cette promesse de Dieu vieille de plus de 2 000 ans date d’une période où le peuple d’Israël était à terre, où la captivité, la domination étrangère et les guerres faisaient rage. Alors ces paroles rassurantes furent une aide à vivre, une consolation et une lueur d’espoir et ce, à travers les siècles. Sans espoir, la vie peut être insupportable.
Une nouvelle année, cela signifie aussi oser la nouveauté, emprunter de nouveaux chemins, en commençant par nous-mêmes et par notre paroisse. Les changements sont dans la nature des choses ; eux aussi contribuent à ce que le pire ne dure pas éternellement. Héraclite dit : « Πάντα ῥεῖ » – « Panta rhei ». Toutes les choses coulent, rien n’est statique. Marchons dans la direction du changement et ne nous y opposons pas. Dans ce contexte, Luther pense : « Nous sommes toujours en route et devons quitter ce que nous connaissons et avons, et chercher ce que nous ne connaissons pas et n’avons pas. » Avec tout cela, n’oublions pas : notre être, ce que nous sommes, vient de la main de Dieu.
Ce qui est nouveau est bon et important, mais il n'y a aucune pression pour tout refaire d'un seul coup. Engageons-nous cette année pour la justice, la paix et la compassion humaine, car nous avons l’espoir et la promesse de Dieu qu’il est en train de tout refaire à neuf – pas du jour au lendemain, mais dans les dimensions de Dieu. Sachant que nos forces et nos capacités sont limitées et que nous ne sommes pas tout-puissants, nous acceptons ce verset comme devise de l’année 2026. Ayons confiance en cette promesse et commençons cette nouvelle année tranquillement, sans stress ; évitons les conflits et essayons de vaincre le clivage, le schisme de notre société en nous comportant de la même façon envers tout le monde – au niveau du langage, des relations et de l’évaluation et aussi à celui de l’appréciation des contradictions. Notre vie n’est pas quelque chose de statique ; chaque jour, elle propose la possibilité de quelque chose de neuf. En parlant avec Luther, la vie n’est pas le fait d’être pieux mais celui de devenir pieux, non pas d’être en bonne santé mais de le devenir, non pas le fait d’être mais celui de devenir.
Bienvenue dans la Nouvelle Année
Non pas des angoisses, mais de la confiance, non pas du découragement, mais de la joie, non pas de la précipitation, mais du calme et de la sérénité au cours de la Nouvelle Année — c’est ce que vous souhaite, aussi de la part des tous les membres du Conseil presbytéral,