Lettre d'actualités EEE outre-mer - décembre 2017
 
Si le message ne s'affiche pas correctement, cliquez ici pour voir la version en ligne
 

 
Nous avons le plaisir de vous adresser le dernier numéro 2017 de notre lettre d'actualités sur les espèces exotiques envahissantes en outre-mer.  Nous vous souhaitons à tous de très bonnes fêtes. A l'année prochaine !

 
 Actualités outre-mer
 
 

UNE MALADIE MENACE L'IGUANE DES PETITES ANTILLES 


Une nouvelle maladie touche les populations d'Iguanes des Petites Antilles de Saint-Barthélemy, une espèce endémique de plusieurs îles des Petites Antilles et classée "En danger" selon la Liste rouge mondiale de l'UICN. La bactérie responsable, Devriesea agamarum, est à l'origine de dermatoses et de lésions cutanées sévères déjà observées depuis 2011. Un seul génotype de la bactérie a été identifié et il était jusqu'alors uniquement associé à des infections observées chez des reptiles en captivité. L'émergence récente de la maladie suggère une arrivée récente d'un clone virulent de D. agamarum sur l'île. 

Source : Hellebuyck, T., Questel, K., Pasmans, F., Van Brantegem, L., Philip, P., & Martel, A. (2017). A virulent clone of Devriesea agamarum affects endangered Lesser Antillean iguanas (Iguana delicatissima). Scientific reports, 7(1), 12491. Lien
 
 

UNE NOUVELLE ESPECE INTRODUITE EN POLYNESIE FRANCAISE: LE SERPENT FOUISSEUR TYPHLOPS 


Le petit serpent terrestre Indotyphlops braminus (autrefois Ramphotyphlops braminus) est arrivé en Polynésie française, sur l'île de Tahiti plus précisément !

Aucun serpent terrestre n'était présent sur ces îles parmi les plus isolées au monde. I. braminus, encore appelé le serpent des pots de fleurs, est une espèce parthénogénétique, c'est à dire que les femelles se reproduisent sans mâles et donnent naissance à de véritables clones génétiques. Ses populations ne sont composées que de femelles. Terrestre et fouisseur, donc très discret, cet animal est à présent l'un des deux serpents  les plus largement répartis à la surface de la planète, en compagnie du serpent marin pélagique Hydrophis platurus (autrefois Pelamis platura) tout récemment observé à Mayotte pour la première fois. L'article qui annonce l'arrivée du serpent vermiforme à Tahiti dès 2014 dresse également une synthèse de sa dissémination sur l'ensemble de l'Océanie, comme par exemple avant 1974 en Nouvelle-Calédonie, présence non confirmée à Wallis et Futuna et absence à Clipperton. En revanche, ce serpent a été introduit très tôt à La Réunion, autour des années 1860, probablement avec les premiers travailleurs en provenance d'Inde d'où il est sans doute originaire. 
 
Par Ivan Ineich (MNHN)
 
Source : Ineich I., Wynn A., Giraud C. & Wallach V. (2017). Indotyphlops braminus (Daudin, 1803): distribution and oldest record of collection dates in Oceania, with report of a newly established population in French Polynesia (Tahiti Island, Society Archipelago). Micronesica, 1 : 1-13. Lien
 
 

UNE CREVETTE D'AQUARIUM DECOUVERTE DANS LA RIVIERE DU MAT A LA REUNION


Une crevette d'aquarium, originaire d'Asie, a été découverte dans la Rivière du Mat à La Réunion. Cette espèce, la "Red Cherry", ou Neocaridina heteropoda, aurait déjà colonisé près de 1.5 km du lit de la rivière.  Grâce à un signalement effectué par un salarié d'Hydrô Réunion sur le site du Groupe Espèces Invasives de la Réunion en septembre, un protocole de lutte rapide a pu être mis en oeuvre pour limiter la dispersion de l'espèce.


 
 

SIGNALEMENTS DE SINGES VERTS EN GUADELOUPE

 
Deux singes verts de l'espèce Chlorocebus ont été signalés dans une zone boisée près d'habitations après le passage des ouragans Irma et Maria. Ces singes, originaires d'Afrique et introduits dans les Petites-Antilles, sont considérés envahissants sur l'île de Saint-Christophe-et-Niévès et Saint-Martin. Ce ne sont pas les premiers signalements de cette espèce de singe en Guadeloupe. Entre 5 et 10 individus seraient présents sur la Désirade. Sur l'île de Saint-Martin, l'espèce a déjà constitué des groupes bien établis sur plusieurs mornes.
 

> En savoir plus

 
Lorvelec, O et Malterre, P. (2010). Un "singe vert" à Saint-Martin. Note. Lien
 
 

SAINT-PIERRE ET MIQUELON INTEGRE LE RESEAU DE SURVEILLANCE CANADIEN SUR LES ESPECES EXOTIQUES ENVAHISSANTES MARINES

 
Un réseau de surveillance des espèces exotiques envahissantes marines est coordonné par la DTAM de Saint-Pierre et Miquelon depuis plusieurs années. A partir de 2012, une coopération avec le Ministère des Pêches et Océans du Canada (MPO-DFO) a notamment bénéficié à l’amélioration du réseau de surveillance des tuniciers et du Crabe vert. Ce réseau, qui avait permis la détection dès 2009 d'un tunicier exotique envahissant, a confirmé l'expansion des tuniciers et leur implantation dans l’écosystème. D’autres espèces ont été depuis détectées. Dès la détection en 2013 du Crabe vert, qui avait constitué un signal d'alarme fort notamment pour la protection des herbiers à zostères, des casiers à crabes ont été placés dans le Grand Etang de Miquelon afin de limiter sa colonisation. Seulement deux individus ont été capturés en 2017. Pour 2018, une nouvelle feuille de route vise à intensifier le réseau de surveillance, la sensibilisation des usagers et les actions de piégeage du Crabe vert. Grâce à cette coopération institutionnelle régionale, Saint-Pierre et Miquelon est aujourd'hui intégrée dans le réseau canadien de surveillance des espèces exotiques envahissantes marines.
 
 
Contact : Frank Urtizberea (DTAM Saint-Pierre et Miquelon)
 
 Actualités internationales
 

UN ATELIER REGIONAL SUR LA BIOSECURITE A LA REUNION

 
Un atelier régional sur la biosécurité relative aux plantes envahissantes s’est tenu du 27 au 29 septembre 2017 sur le site du campus universitaire du Tampon à La Réunion. Réalisé en collaboration avec le projet EpiBio-OI (CIRAD) et les projets Inva’ZIles (UICN) et COI-Biodiversité, tous deux financés par l’Union Européenne, ce séminaire a permis aux participants d’échanger sur la problématique des plantes exotiques envahissantes du sud-ouest de l’océan indien et d’adopter une position commune au niveau régional. L’atelier a abouti à l’établissement d’une liste régionale des espèces exotiques envahissantes prioritaires afin de définir des actions communes. 
 
L’atelier a également conclu à la nécessité d’une coordination régionale passant par la formalisation d’une plateforme pour la mise en réseau des experts de la zone. Cette plateforme servirait principalement à la mise en place d’un système coopératif de veille et d’alerte.  Enfin, les participants ont décidé de formaliser leurs recommandations dans une charte de bonne conduite sur les modalités d’importation et d’exportation des plantes envahissantes ou à risque d’invasion.
 
 
 

LUTTER CONTRE LES INVASIONS BIOLOGIQUES DANS LES ÎLES POUR SAUVER 41% DES VERTEBRES TERRESTRES HAUTEMENT MENACES AU MONDE

 
Selon les résultats d’une étude publiée dans la revue Science advances, 41 % des vertébrés terrestres hautement menacés au niveau mondial (classés CR et EN selon la Liste rouge de l'UICN) évoluent en milieu insulaire et la lutte contre les espèces exotiques envahissantes, premier facteur d'extinction dans les îles, pourrait bénéficier à près de 95% d'entre eux. 
 
Pour en savoir plus :
 
 

EVALUATION DES PERSPECTIVES DE CONSERVATION DES SITES NATURELS DU PATRIMOINE MONDIAL

 
Pour la première fois, l'Horizon du patrimoine mondial de l'UICN 2 - version actualisée du rapport sur l'Horizon du patrimoine mondial de l'UICN de 2014 - évalue comment les perspectives de conservation des 241 sites naturels du patrimoine mondial changent au fil du temps. Ce rapport analyse les menaces, la protection et la gestion des sites ainsi que l'état de leurs valeurs,  caractéristiques uniques qui justifient leur statut prestigieux. Le changement climatique et les espèces exotiques envahissantes sont identifiés comme les deux principales menaces actuelles pour les sites naturels classés au Patrimoine mondial de l'humanité.
 
 

MISE A JOUR DE LA LISTE ROUGE MONDIALE DE L'UICN

 
Cette mise à jour la Liste rouge mondiale confirme à nouveau le rôle des espèces exotiques envahissantes dans l'érosion de la biodiversité.
 
Un tiers des 46 serpents et lézards endémiques du Japon évalués pour la Liste rouge de l’UICN sont classés comme menacés. Dans tout le Japon, le déclin de ces espèces a été accéléré par la destruction des habitats causée par l’agriculture non durable et l’urbanisation. La capture pour le commerce des animaux de compagnie et les menaces liées aux espèces envahissantes, comme le Paon bleu (Pavo cristatus) et l’introduction du Putois du Japon (Mustela itatsi) dans certaines petites îles japonaises, ont également porté atteinte aux reptiles. Actuellement En danger critique, Opisthotropis kikuzatoi, le serpent le plus rare du Japon, endémique de l’île de Kumejima, était relativement répandu jusqu’au milieu des années 1990. L’espèce a subi un déclin dramatique depuis 15 ans, à cause de la prédation par un amphibien envahissant, la Grenouille-taureau ou Ouaouaron (Lithobates catesbeianus), le Putois du Japon et le Paon bleu.
 
Trois espèces de reptiles endémiques de l’île Christmas (Australie) sont éteintes à l’état sauvage : le gecko Lepidodactylus listeri et deux lézards de la famille des Scincidés, Cryptoblepharus egeriae et Emoia nativitatis. D'une façon générale, les populations des reptiles de l’île Christmas ont subi un déclin rapide depuis les années 1970. La raison de leur déclin n’est pas entièrement élucidée, mais la prédation par le serpent Lycodon capucinus, introduit dans l’île au milieu des années 1980, peut être l’un des motifs. L’introduction d’une maladie nouvelle et les modifications de l’écologie de l’île suite à l’introduction de la Fourmi folle jaune (Anoplolepis gracilipes) ont peut-être aggravé la pression sur ces espèces.

 
 
 Publications, rapports et lettres d'informations
 

Publications

 

Hellebuyck, T., Questel, K., Pasmans, F., Van Brantegem, L., Philip, P., & Martel, A. (2017). A virulent clone of Devriesea agamarum affects endangered Lesser Antillean iguanas (Iguana delicatissima).Scientific Reports 7(1), 12491. Lien
 

Ineich I., Wynn A., Giraud C. & Wallach V. (2017) - Indotyphlops braminus (Daudin, 1803): distribution and oldest record of collection dates in Oceania, with report of a newly established population in French Polynesia (Tahiti Island, Society Archipelago). Micronesica, sous presse. Lien
 
Meyer, J.-Y. (2017). Partial restoration of native rainforests in the island of Tahiti (French Polynesia) after introduction of a fungal pathogen to control the invasive tree Miconia calvescens. Pp. 59-63 in VAN DRIESCHE, R. G. & REARDON, R. C. (eds.), Biological Control in Natural Areas. US Department of Agriculture Forest Service FHTET 2017-02. Lien

Russel, J.C., Meyer, J. Y., Holmes, N.D., Pagad, S. (2017). Invasive alien species on islands: impacts, distribution, interactions and management. Environmental Conservation 1-12. Lien
 
Spatz, D. R., Zilliacus, K. M., Holmes, N. D., Butchart, S. H., Genovesi, P., Ceballos, G., ... & Croll, D. A. (2017). Globally threatened vertebrates on islands with invasive species. Science Advances, 3 (10) e1603080. Lien
 

Livre

 

Guide des plantes de Wallis et Futuna. Jean-Yves Meyer. Edition aux vents des îles. Lien

 

Rapports

 
Libeau, M (2017). Predicting the risk of plant invasion on islands : the case of Miconia calvescens in the Marquesas, French Polynesia (South Pacific). Memoire de stage.  AgroParisTech. Lien
 
Invasive alien species and climate change. IUCN Issues Briefs. (2017). Lien
 
Osipova, E., Shadie, P., Zwahlen, C., Osti, M., Shi, Y., Kormos, C., Bertzky, B., Murai, M., Van Merm, R., Badman, T. (2017). IUCN World Heritage Outlook 2: A conservation assessment of all natural World Heritage sites. Gland, Switzerland: IUCN. 92pp. Lien
 
Ce nouveau rapport d'évaluation après celui de 2014 identifie les espèces exotiques envahissantes et le changement climatique comme les deux principales menaces pour les sites naturels classés au Patrimoine mondial de l'humanité.
 
Lettres d'information

Groupe de travail national IBMA : numéro 20 - nov. 2017

Réseau de prévention, de surveillance et de lutte contre les espèces envahissantes de Polynésie française : numéro 15 - oct. 2017
Un numéro spécial sur la Petite fourmi de feu.
 
CEN Nouvelle-Calédonie : aout 2017